Dans le cadre du projet « Invent’air » ‐ projet de créations contemporaines autour des instruments à vents (et percussion, clavier...) et de la voix ‐ la FSMA et Mission Voix Alsace ont organisé une table ronde sur le thème « le milieu amateur et l’aventure créatrice ». Éric Villevière, formateur du stage « Invent’air » et chef d’orchestre, Arnaud Meier, William Grosjean et Sylvain Marchal, les compositeurs, et Joëlle Jurkiewicz (directrice de l’Espace Grün) ont répondu aux questions de Denis Haberkorn (directeur de Mission Voix Alsace) pour le bénéfice d’un public nombreux et intéressé.
Denis Haberkorn :
J’ai le plaisir de vous accueillir à l’Espace Grün de Cernay pour un
moment d'échange et de réflexion sur la création musicale desti‐
née au milieu amateur. Cette table‐ronde se situe dans le cadre
d’ « Invent’air », qui mène de front formation, création et diffusion. Ce projet de grande ampleur est devenu réalité grâce à un
travail en partenariat intense et de longue haleine qui a réuni la
FSMA, MVA, les Musicolonies, l’Espace Grün de Cernay, l’Ensemble vocal Arcadia et la Musique municipale de Cernay. Rassembler
autant de partenaires pour ce projet n'a pas été chose facile. Nous
avons commencé à y réfléchir il y a environ deux ans quand les
responsables des Musicolonies sont venus nous le proposer.
Musicolonies est une association qui consacre son activité à organiser et animer des séjours musicaux pour enfants et jeunes. Dans le cadre de ces séjours, les animateurs proposent des ateliers
d'improvisation, de création, d'écriture poétique, d’orchestre, de chant... Au fil des ans, les responsables des Musicolonies ont voulu aller plus loin et nous ont proposé de nous inspirer de ce
qu’ils vivent chaque été pour le transmettre au milieu amateur en général et au milieu des harmonies et des chorales en particulier. Susciter la création... ! S’adressant aux responsables de la
FSMA et de MVA, ils ont frappé aux bonnes portes, puisque ce type d’action entre dans leurs domaines de compétences et sont inscrits en bonne place dans leurs projets artistiques respectifs !
Pour mener à bien ce projet, nous nous sommes tournés vers des partenaires privés : le groupe
EDF en Alsace et le Crédit Mutuel, qui nous ont soutenus financièrement. Sans eux nous n’aurions
tout simplement pas pu payer les commandes aux compositeurs. Pour susciter la création il faut
de l'argent, car les compositeurs sont des professionnels, au service du milieu amateur.
Pour l’heure je vais donner la parole aux acteurs du projet : Joëlle Jurkiewicz, directrice de l'Espace Grün ; Eric Villevière, formateur ; Arnaud Meier, William Grosjean et Sylvain Marchal, compositeurs.
Denis Haberkorn :
Ma première question est pour Joëlle Jurkiewicz. Pourquoi avoir accepté de nous accompagner
dans ce projet en nous accueillant dans vos locaux et en nous proposant votre aide dans les phases de réflexion et de communication ?
Joëlle Jurkiewicz :
C’est tout simplement dans le souci de promouvoir la création dans le
milieu amateur. Ce projet m'a séduit pour deux raisons. D’une part, je
connais les deux maitres d'œuvres, Denis Haberkorn et Sylvain Marchal, et leur travail que je trouve remarquable. Ce qui m'a séduit également c’est que le projet s'inscrivait sur un territoire, celui de Cernay.
Et d’autre part, j’ai trouvé ce projet ambitieux et culotté ; trois compositeurs inventant chacun trois œuvres... bon courage ! « Invent’air »
avait tout pour me plaire ! D’autant plus qu’il contribue à la valorisa‐
tion du travail amateur qui est trop peu mis en avant. Les amateurs
sont trop souvent considérés comme des... amateurs ! Je suis convaincue que c’est faux. Et, comme le disait Denis Haberkorn à l’instant,
pour que ces projets puissent aboutir il faut des partenaires financiers
et je dis merci et bravo à EDF et au Crédit Mutuel pour leur soutien.
J’ai vraiment hâte de découvrir le résultat tout à l’heure, je sais que ça
a été un travail difficile, et pour avoir entendu les répétitions je peux
vous dire que c’est très prometteur.
Denis Haberkorn :
Denis Haberkorn :
Quand on est un compositeur vivant aujourd’hui, on se retrouve forcément face à un problème de langage : il y a quinze jours j'ai eu affaire à une journaliste qui venait observer le projet. Je lui ai expliqué qu’il s’agissait de création contemporaine; sa réaction a été immédiate : « Je ne peux pas écrire ça, personne ne viendra au concert ». Vous voyez ce que je veux dire... Alors création contemporaine, création d'aujourd’hui ?
Sylvain Marchal, pouvez‐vous nous parler des langages qu'on utilise aujourd'hui pour composer de la musique ?
Sylvain Marchal :
Je vais essayer d’être simple. Je crois que l’on vit dans un monde où il n'y a jamais eu autant de langages, de disponibilité de langages différents pour l'écriture musicale. Si l’on remonte quelques siècles en arrière, il y avait, en gros, deux langages. Pour faire très simple : le langage savant qui respectait des règles précises et un langage populaire basé essentiellement sur la transmission orale. Actuellement, on est
confronté à une infinité de langages. Et l’on se retrouve avec presque autant de langues et de dialectes différents qu'il y a de personnes qui vont écrire ; en fonction de leur parcours personnel, de ce qu’ils ont appris, de leur sensibilité, etc. Quand on réfléchissait sur le projet « Invent’air », je me disais que, en fait, la démarche de création, aujourd’hui, c’est comme un choix de vacances. Il y a des gens qui vont aller dans le même camping toute leur vie, qui vont se retrouver en terrain connu, tous les ans du premier au 15 août avec des gens connus. On va prendre l'apéritif à la même heure, le plat de moules le même jour, chaque année. D’autres vont préférer prendre leur
voiture et sillonner les petites routes, se laisser surprendre et s'arrêter là où il y a quelque chose qui les interpelle ou les passionne. Alors, pour répondre sans répondre complètement à la question, c’est cette envie d’aventure qui me motive. Se dire : allons découvrir le langage de quelqu’un, des langages qui ne sont pas les mêmes que les miens et apprendre à se découvrir et à connaître les richesses des uns et des autres.
Denis Haberkorn :
Merci pour ces précisions. Passons maintenant au cœur de notre sujet : le milieu amateur mérite‐t‐il que l'on créé spécifiquement des pièces à sa mesure ? Je vais m’adresser plus précisément à Arnaud Meier, l'un des compositeurs. Dans votre processus de création pensez‐vous à ceux pour qui vous écrivez ?
Arnaud Meier :
Oui, je pense en permanence à ceux qui vont jouer la partition. Pour le projet « Invent'air », nous avons pu rencontrer les ensembles avant de composer nos pièces. Cela nous a permis de voir, par exemple, quelles étaient leurs qualités et faiblesses. Quand on ne connaît pas directement les musiciens, on peut aussi se baser sur leur niveau théorique; j’ai récemment composé une pièce pourun concours international de saxhorns et tubas. Dans ce cas là, je ne connaissais que le niveau
minimum requis pour participer au concours. Que l’on connaisse ou non les musiciens, on a toujours conscience des gens pour qui l’on compose.
Williams Grosjean :
La rencontre avec les musiciens est tout de même un plus car on peut mettre des visages sur les instruments.
Arnaud Meier :
Et inversement : la rencontre avec les compositeurs permet aussi aux musiciens de se rendre compte que les compositeurs sont vivants... encore vivants ! (rires)
Denis Haberkorn :
C’est dangereux aussi, un compositeur mort ne peut pas réagir face à sa composition; tout à l'heure les ensembles et les stagiaires vont se produire en présence des compositeurs, c’est redoutable comme exercice !
Williams Grosjean :
Oui, ils peuvent avoir peur (rires), j’ai lu dans un rapport qu’un jour on avait posé la question à des enfants de maternelle « qu'est ce qu'un compositeur ? ». La moitié ont répondu un compositeur c’est quelqu’un de mort et de barbu !
Denis Haberkorn :
C’est dans le cadre d’un atelier d’écriture poétique, lors du séjour Musicolonies 2009, que les enfants ont écrit les textes qui ont servi de base aux neuf pièces composées pour le projet « Invent’air ». Et j’ai à ce sujet une question pour les compositeurs : comment articulez‐vous pour ces pièces en particulier, et dans votre processus créatif en général, le lien entre langage littéraire et langage musical ?
Arnaud Meier :
La première base de notre travail était la musicalité déjà présente dans les textes. Pour cet exercice particulier, nous avions le choix entre une trentaine de textes. Personnellement, pour composer ma grande pièce, j’ai choisi un texte qui s'appelle « Écouter le silence »... Écouter le silence, c'est du pain béni pour un compositeur, il y avait déjà une intention musicale sous‐jacente... Dans ce cas là le texte induit la musique.
Williams Grosjean :
Cette fois‐ci, on avait un matériau de départ formidable. Le travail fait avec les enfants est remarquable, intelligent, plein de procédés littéraires, moi j'adore ça. S’inspirer d’écritures, comme celles de Queneau, Tardieu, c’est en soi une méthode de composition. Il vaut mieux parfois chercher l’inspiration dans les textes ou les œuvres de certains peintres plutôt que de compulser nos manuels de composition ! Pour ce projet, la matière première était fournie, mais on en a tous fait des choses différentes; moi j'ai tout mixé, et ça a donné des choses intéressantes.
Sylvain Marchal :
Je rejoins totalement William Grosjean dans cette idée ! Plus généralement, on ne peut pas dissocier la musique d'un environnement artistique global. Souvent l'apprentissage artistique est très cloisonné. Alors que dans toutes les composantes de l’art, on retrouve des constantes en termes de forme, d’action, d’élan, de respiration, de souffle, qui sont faciles à saisir et qui amènent un enrichissement énorme dans le vocabulaire musical. Je dis souvent que si un chef fait sa carrière en disant « bémol, dièse, double croche... », il se limite épouvantablement. Si on peut intégrer une ouverture artistique dans son discours, c’est un enrichissement de tous les jours. On se renouvelle.
Denis Haberkorn :
William Grosjean, une question pour vous. Quand vous écrivez, par exemple pour le cas « Invent’air », composez‐vous des œuvres à vocation pédagogique ou artistique?
Williams Grosjean :
Je ne me pose pas la question. Je n'écris pas dans un but spécifiquement pédagogique. Pour moi une œuvre c’est de la nourriture pour des élèves et des musiciens. La visée pédagogique est presque une fonction connexe de l’œuvre ; à partir du moment où l’on partage de la nourriture, elle a des visées pédagogiques, car on apprend ensemble. Mais c’est une fonction secondaire. A mon sens, les œuvres écrites dans un but purement pédagogique ne restent pas ; au pire c’est un cahier de gammes. En revanche, certaines œuvres qui, au départ, ont eu des visées pédagogiques, ont tout de suite été transformées par l'écriture, je pense notamment à Bach ou Bartók. Pour moi, une œuvre pédagogique c’est presque antinomique. Je ne sais pas si je me fais bien comprendre, mais à mon sens la pédagogie « est » dans la pratique. Il y a de la pédagogie partout mais j'espère qu'il y a quelque chose qui la transcende. S’il n'y a que ça, à mon avis, il n'y a pas grand chose. La définition même du terme œuvre ne prend pas en compte la pédagogie.
Denis Haberkorn :
Je vois François Humbert, le président des Musicolonies, dans la salle. Je n’avais pas prévu de vous poser une question, mais il me semble intéressant à ce stade de parler de votre rapport à la pédagogie et à l’artistique au sein des Musicolonies. Pouvez‐vous nous présenter rapidement votre association ?
François Humbert :
Musicolonies a dix ans cette année. L’origine du projet prend sa source dans l’envie que nous (jeunes professeurs en école de musique) avions de pouvoir continuer à travailler l’été avec nos élèves. On sait ce que sait, la rentrée est toujours une période délicate, les enfants ont laissé les instruments dans leurs étuis pendant deux ou trois mois ! Au départ les Musicolonies c’est ça. Puis, rapidement, on a eu envie de sortir du cadre quotidien et on s’est installé dans un centre d’hébergement. On voulait aussi sortir des cadres « classiques » d'enseignement; il nous semblait inutile de refaire ce qui se faisait ailleurs. Assez rapidement on a commencé à mélanger les arts,faire du théâtre, on a voulu faire créer les jeunes. Après les quelques tâtonnements du début, nous nous sommes progressivement constitué une « boîte à compétences » et, aujourd’hui, les ateliers marchent et sont très riches. Tous les ans on observe comment les enfants prennent confiance quand ils arrivent à se dire « ça, c’est moi qui l'ai fait ! ». On ne sait pas encore où ce chemin va nous mener, mais il va continuer, et d'autres rencontres viendront faire bouger les choses.
Denis Haberkorn :
Quand on parle de création... Eric Villevière, pouvez‐vous nous parler des liens qu’il y a entre formation et création. D’autre part pouvez‐vous nous dire pourquoi vous avez accepté d'être le maître d'œuvre de notre projet ?
Eric Villevière :
D'abord j’aimerais faire une petite correction sur la formulation « maître d'œuvre ». C’est une formulation assez flatteuse pour moi, mais assez injuste pour les autres. Dans une aventure comme celle‐ci, le maître d'œuvre, s’il y en a un, c’est l'ensemble des partenaires. Ce qui rend possible de tels projets, c’est la capacité d'un groupe à se structurer. Cette capacité appartient au départ aux responsables, à ceux qui ont réfléchi ; le maître d'œuvre se situe là. Ensuite, nous sommes un certain nombre de participants à enrichir cette démarche. Quelle que soit son architecture, un projet ne tient le coup que si les fondations sont solides.
Cette précision faite, que dire sur la dynamique « formation‐création » ? Parler de formation, à mon sens, c’est parler d'avenir, c’est évident. Au fond, pourquoi aurait‐on besoin de se former dans le milieu amateur ? Parce qu’il y a cette question : « et demain si je ne fais rien, qu'est ce que je vais devenir ? » Si je vais toujours dans
le même camping, je satisfais mon confort, mais est ce que je ne suis pas parallèlement en train de construire mon ennui ? Et, quand on commence à s'ennuyer, où va‐t‐on ? Inconsciemment la pratique amateur se pose cette question. Et demain, que vais‐je faire ? Et c’est cela qui m'intéresse, parce que ça me permet de me positionner en artisan.
Vous savez, je suis fils d'artisan. J’ai vu pendant toute ma jeunesse des gens répéter tous les jours les mêmes gestes pour la seule satisfaction d'accomplir un beau geste. Pour moi, c’est ça le moteur. Le travail bien fait. Et il ne peut être bien fait que s’il a un devenir, s’il porte les gens vers le lendemain. Du coup, la formation traditionnelle où l’on s'isole pour apporter un certain nombre de savoirs, de savoir‐faire, est une situation totalement artificielle. On a tous suivi des formations, on cible un sujet, on dissèque, on analyse... ça se passe presque toujours en dehors du contexte réel. C'est pourquoi j'ai répondu présent à cette invitation : parce que c'était une occasion d'être
dans un geste réel, concret, de faire un concert, de ne pas se couper de ce qui est le quotidien et donc le lendemain.
En termes de gestion du temps c’est beaucoup plus compliqué, ça rend un peu « schizo » parce qu'on est en train de se demander ce qui serait utile pour la personne, le chef qui expérimente; et en même temps, on se soucie de l'impact sur les musiciens et, en permanence, on garde quelques neurones disponibles parce qu'on a un concert à gérer. C'est une donnée compliquée, mais au fond, elle est celle de tout acte de création, il y toujours une contrainte de temps. De mon point de vue, l'idéal c’est, au sein d’une logique de formation, pouvoir se positionner dans la création. Il n'y a pas de différence entre pédagogie et création, et si on en fait une on devient des spécialistes. Dans la formation, si on ne fait que de la formation, on est un spécialiste de la formation
et, du coup, les stagiaires deviennent... des spécialistes du stage ! Quand on peut faire ce qui a été mis en place ici, on est dans la vraie vie et c’est beaucoup plus formateur, parce que pensé comme un acte réel.
Denis Haberkorn :
J'en profite pour me tourner vers la salle. Il me semble que certains des musiciens participant au projet sont présents et j'aimerais que l'un ou l'autre nous donne son ressenti sur le projet et leur participation en tant que membre d’ensemble pilote.
Marie Brignone (choriste) :
J’ai trouvé ça passionnant de pouvoir observer en temps réel l’impact de la direction sur notre jeu. De voir qu’en fait ce n’était pas seulement une certaine habitude du jeu ensemble qui nous aidait, mais qu’il y a un véritable lien de cause à effet entre le jeu et le geste ! Parfois, on flanchait parce que le geste n'était pas adéquat. J’ai également beaucoup apprécié les échanges avec les compositeurs. Ils ont un charisme, une écoute, une ouverture d'esprit, un discours constructif... ça n’était que du bonheur.
Frédéric Klee (président de la chorale Arcadia) :
Vous avez parlé du fait de rencontrer les compositeurs. Je dois dire que ça nous a beaucoup aidés de les voir, l'appréhension tombe ! On se dit que ce sont des gens comme nous, intéressés par notre réussite, et ça diminue beaucoup la pression. Pour être honnête quand on nous a dit
« œuvres contemporaines » on a souri, et on s’est dit que ça allait être dur ! Pour nous, chorale amateur qui chantons des choses plus « classiques », ça a été un challenge. Mais on a appris une multitude de choses, et en fait, on adore changer de camping chaque été ! Ça a été très enrichissant. Nous avons été très flattés de participer à ce projet et nous sommes tout à fait partants pour réitérer.
Roland Maller (directeur de la musique municipale) :
Je voudrais dire que de notre point de vue, ce projet a eu deux impacts particulièrement positifs. Tout d’abord il nous a permis de nous rapprocher de la chorale Arcadia. D’autre part nous avons découvert la musique contemporaine. Au début on appréhendait un peu, c’est quand même une sacrée expérience ! Aujourd’hui, je pense qu’à l’avenir ces morceaux seront intégrés dans nos programmes.
Sylvain Marchal :
« Invent’air » est peut être aussi l’occasion de faire passer un message. Dans le quotidien, on a pris l'habitude de cloisonner les choses, de fonctionner en se disant « je suis responsable d'une association, on va acheter de la musique imprimée » et donc être dans la reproduction. Je crois que ce qu'on a essayé de partager tous ensemble, c’est que, à partir d'un point « O » et avec des forces complémentaires, avec des gens qui sont dans la capacité de concevoir et des gens qui comme Eric Villevière sont des médiateurs extraordinaires, on peut construire quelque chose. Je crois qu’on tient là ce qui peut faire évoluer la musique amateur. Les musiques actuelles ne s'y sont pas trompées : un groupe de musique joue prioritairement sa propre musique. Hier, j’ai entendu une phrase de Godard à qui l'on demandait quelle était, selon lui, la différence entre la culture et l'art. Il disait « la culture c’est la règle et l'art c’est l'exception », à méditer...
Eric Villevière :
Dans le cas des chefs, ici en situation d'apprentissage, l’aspect création est très formateur. Quand on travaille sur des créations, on n’a pas de référence, on est contraint de se faire sa propre idée de l'œuvre. Alors que dans le cas d’œuvres connues, on tombe beaucoup plus facilement dans la reproduction, ce qui est moins formateur.
Denis Haberkorn :
Pour conclure, je voudrais revenir à mon propos de départ. Pour pouvoir faire appel à des compo‐
siteurs, il faut des moyens financiers. Ces ressources nous les avons trouvées auprès de partenaires privés comme le Groupe EDF en Alsace et le Crédit Mutuel. Je voudrais les remercier, car, sans eux, on ne serait pas là aujourd'hui, on n’aurait pas pu payer les compositeurs. C’est pourquoi je donne la parole à Aude Arthaud, qui représente EDF, pour qu'elle nous dise pourquoi l’entreprise a accepté de soutenir ce projet.
Aude Arthaud (chargée de mission EDF en Alsace) :
Je voudrais juste vous faire part de mon regard extérieur sur le travail qui a été accompli. Au début, MVA nous a tenu la main pour nous guider vers le soutien de ce projet, puis, peu à peu, je suis rentrée dans le détail et ce que je vois aujourd’hui me semble assez époustouflant. Il y a là beaucoup de liens avec la démarche du groupe EDF en Alsace, à travers le Programme Énergie Alsace (PEA). Je retiens de ces 2 week‐ends un temps de rencontre, un temps d'échange, de la transmission, de l'écoute, de la créativité, sortir des sentiers battus pour faire quelque chose de nouveau ensemble, s’appuyer sur la force du groupe. Ce sont des valeurs que le PEA, mis en place par EDF et la Région, essaye de faire vivre à travers un certains nombres d'actions, dont celle‐ci. Je voulais dire que je suis très fière d'avoir assisté à cette table‐ronde et j'ai hâte de voir la suite.

« Invent’Air » est un projet autour des instruments et de la voix, initié par Mission voix Alsace et la Fédération des sociétés de musique d’Alsace en partenariat avec les Musicolonies, l’Espace Grün de Cernay, l’ensemble vocal Arcadia et la Musique municipale de Cernay.
Il rassemble un orchestre d’harmonie, un chœur, un orchestre junior, trois compositeurs, six stagiaires en direction d’ensemble et un chef d’orchestre de renom, autour de trois axes forts :
Trois compositeurs ‐ William Grosjean, Sylvain Marchal et Arnaud Meier ‐ ont été sollicités par
Mission Voix Alsace et la Fédération des sociétés de musique d’Alsace pour composer chacun
trois pièces à partir de textes rédigés par les stagiaires du séjour musical « Musicolonies 2009 » :
Ce répertoire est le support d’une master class de direction de chœur et d’orchestre pour six
chefs stagiaires. Eric Villevière, chef d’orchestre et pédagogue reconnu, anime cette master‐class autour des créations et accompagne les stagiaires dans le montage et la direction de ces œuvres nouvelles, au travers d’un travail sur les langages musicaux, tout en profitant de la présence des compositeurs.
L’orchestre d’harmonie de la Musique municipale de Cernay et l’ensemble vocal Arcadia de Cernay sont les interprètes de ces compositions, jouées pour la première fois en public le dimanche
24 octobre 2010.
RENCONTRE ARTISTIQUE, CONCERT
24 octobre 2010
Le projet aboutit à une « soirée découverte », ouverte à tous, à l’Espace Grün avec, au pro‐
gramme :
Mission Voix Alsace
Mission Voix Alsace est une association régionale dont le but est d’accompagner, de développer
et de valoriser les pratiques vocales en Alsace, à tous les âges, à tous les niveaux et dans tous les
répertoires. Elle est financée par la région Alsace, le conseil général du Haut‐Rhin, le conseil géné‐
ral du Bas‐Rhin et la DRAC Alsace pour son fonctionnement, sur la base de trois missions : le
conseil et l’information des publics, la formation des publics en matière de musique vocale, et
l’observatoire des pratiques vocales en Alsace.
www.missionvoixalsace.org
Fédération des Sociétés de Musique d'Alsace
Composée de plus de 300 associations adhérentes, la FSMA rassemble plus de 12.000 musiciens
amateurs et leur propose une large gamme d’actions et de services, construite en cohérence avec
les politiques nationales et régionales de développement culturel. Elle bénéficie ainsi du concours de la région Alsace, du conseil général du Haut‐Rhin, du conseil général du Bas‐Rhin et de la DRAC Alsace dans le cadre d’une convention pluriannuelle, visant à la promotion, au développement et à l’épanouissement du monde musical amateur.
www.fsma.com
Musicolonies
Musicolonies est une association qui organise chaque été des séjours musicaux pour musiciens
initiés (Musicolonie) et des colonies d’éveil musical (MusicoloMinie), dans une démarche permettant le développement artistique, créatif et social des stagiaires accueillis, tout en initiant une dynamique associative et en enrichissant l’offre culturelle du territoire. Dans la continuité de son action culturelle vers les jeunes, et en lien avec ses préoccupations d’enrichissement de la pratique en milieu amateur et de son besoin de formation, elle est à l’initiative du projet « Invent’Air ».
www.musicolonies.com
Espace Grün
Centre culturel qui a vu le jour en 2000 à Cernay, l’Espace Grün propose chaque saison des spectacles vivants, des expositions, des ateliers de pratiques culturelles... Résolument tourné vers la création contemporaine, il explore les nouvelles formes du spectacle vivant multidisciplinaire et accueille plusieurs compagnies en résidence, afin de leur offrir un espace de création en toute liberté. Chaque année, ce sont environ 75000 personnes qui sont accueillies à l’espace Grün.
www.espace-grun.net
Musique Municipale de Cernay
Cinquante musiciens composent cet orchestre créé en 1832, et dont la variété des instruments lui
permet d’interpréter tous les styles de musique : classique, contemporaine, musique de films ou
musiques du monde. L’orchestre, dirigé par Roland Maller, a obtenu les premiers prix en « niveau
supérieur » aux concours internationaux de Strasbourg en 1996 et 2000.
www.mmcernay.org
Ensemble Vocal Arcadia de Cernay
Chœur âgé de 150 ans, l’ensemble vocal Arcadia compte une trentaine de choristes. Sous la direction de ses deux chefs Sandra Klee et Pascale Parayre, le chœur aborde un répertoire varié, de tous styles et toutes époques.
www.ensemble‐vocal‐arcadia.fr
Eric Villevière
Diplômé d’études supérieures du Conservatoire de Lyon en classe de cor et titulaire du CA de professeur chargé de direction, Éric Villevière a dirigé l’Ensemble National à vent de l’Isère, avec lequel il a obtenu en 2000 un 1er prix au concours international d’orchestres à vent de Strasbourg. Il est directeur musical de l’Ensemble Instrumental de l’Ariège et corniste au sein du quintette Le concert impromptu depuis 2007.
William Grosjean
Compositeur, chef d’orchestre, chef de choeur et pédagogue, titulaire du CA de direction, William Grosjean est professeur de formation musicale à l’école de musique d’Héricourt. Il est spécialisé dans l’écriture musicale, la recherche musicologique et l’élaboration de nouveaux outils d’apprentissage.
Sylvain Marchal
Compositeur et chef d’orchestre, il est conseiller artistique de la FSMA et poursuit une activité de formateur et de conférencier. Il prête volontiers sa plume à diverses revues, participe à la rédaction d’ouvrages et se livre régulièrement à l’écriture de contes et autres histoires.
Arnaud Meier
En classe d’écriture au conservatoire à rayonnement régional de Paris, Arnaud Meier est sollicité par de nombreux ensembles : quatuor de cuivres Opus 4, Musicolonies, Union des Fanfares de France (il a composé la musique du spectacle de clôture du concours national de batterie‐fanfare de Lavelanet)... Il intervient également dans divers stages en tant que compositeur invité ou professeur d’analyse musicale.